Creuser un puits dans son jardin : le guide des formalités pour ne pas finir à l'eau
- Misterbricolo
- il y a 10 minutes
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Il y a quelque chose de profondément gratifiant dans l'idée de devenir autonome, ne serait-ce qu'un peu, pour l'arrosage de ses tomates ou le remplissage de sa piscine. Dans mon jardin, j'ai toujours vu l'eau comme une ressource précieuse, presque sacrée. Avec l'augmentation des périodes de sécheresse et le coût de l'eau potable qui ne cesse de grimper, vous êtes de plus en plus nombreux à m'envoyer des messages pour savoir s'il est possible de "faire son propre trou".
L'idée est séduisante : on creuse, on pompe, et hop, de l'eau gratuite à volonté. Mais attention, on ne s'improvise pas sourcier sans passer par la case administrative. Creuser un puits, ce n'est pas seulement une affaire de pelle, de pioche ou de foreuse mécanique, c'est aussi un parcours balisé par la loi. La ressource en eau appartient à tout le monde, et l'État veille au grain pour protéger nos nappes phréatiques. Alors, avant de donner le premier coup de pioche, faisons ensemble le tour du propriétaire sur ce qu'il est permis de faire, ou non, dans votre jardin.
Pourquoi la réglementation sur les puits s'est durcie
Pendant des décennies, on creusait un puits au fond du potager sans demander l'avis de personne. C'était le temps de l'insouciance. Aujourd'hui, la donne a changé. Le changement climatique et la pollution des sols ont transformé la gestion de l'eau en un enjeu de sécurité nationale. Chaque prélèvement dans la nappe influe sur le niveau global et sur la santé des écosystèmes voisins.
L'État a donc mis en place une réglementation stricte pour deux raisons majeures. La première est environnementale : il s'agit de s'assurer que votre forage ne devienne pas une porte d'entrée pour les polluants (pesticides, hydrocarbures) vers la nappe profonde. La seconde est sanitaire : si vous raccordez votre puits au réseau de votre maison pour les toilettes ou le lave-linge, il ne faut absolument pas que cette eau, potentiellement non potable, reflue vers le réseau public. C'est ce qu'on appelle la protection contre les retours d'eau, et c'est le cauchemar des services des eaux.
La déclaration en mairie l'étape indispensable
Depuis le 1er janvier 2009, tout ouvrage de prélèvement d'eau souterraine à des fins d'usage domestique doit faire l'objet d'une déclaration auprès du maire de la commune concernée. C'est la règle de base, celle à laquelle vous n'échapperez pas. Qu'il s'agisse d'un simple puits de surface ou d'un forage plus profond, la procédure est la même.
Vous devez remplir un formulaire spécifique, le Cerfa n°13837*03. C'est un document assez simple où l'on vous demande vos coordonnées, l'emplacement précis du projet et les caractéristiques de l'ouvrage (profondeur prévue, mode de prélèvement). Cette déclaration doit être déposée au moins un mois avant le début des travaux. Pourquoi ce délai ? Pour laisser le temps aux services techniques de vérifier si votre projet ne se situe pas dans une zone de protection particulière ou à proximité d'un ancien site industriel pollué. Une fois le formulaire déposé, vous recevez un récépissé. Gardez-le précieusement, c'est votre laisser-passer.
La distinction entre usage domestique et usage agricole
C'est ici qu'il faut être vigilant sur les mots. La loi définit l'usage domestique de façon très précise. On parle d'usage domestique si votre prélèvement est inférieur ou égal à 1 000 mètres cubes d'eau par an. Pour un jardinier amateur, c'est énorme. Cela représente environ 1 000 litres par jour, de quoi arroser un très grand potager et remplir une piscine familiale sans sourciller.
Si vous dépassez ce seuil de 1 000 mètres cubes, vous changez de catégorie. Vous n'êtes plus un simple particulier qui arrose ses fleurs, vous devenez un "exploitant" aux yeux de la loi. Dans ce cas, la simple déclaration en mairie ne suffit plus. Vous entrez dans le régime de la déclaration, voire de l'autorisation, auprès de la Direction Départementale des Territoires (DDT). C'est beaucoup plus complexe et cela demande souvent une étude d'impact. Mais restons sur le cas classique du jardinier : en dessous de 1 000 m³, vous restez dans le cadre simplifié.
Le passage obligatoire par le portail DUPLI
Depuis quelques années, la procédure s'est modernisée. En plus de la mairie, les informations doivent remonter vers les services de l'État. C'est là qu'intervient le portail DUPLI (Déclaration d'Ouvrages Prélevant dans le milieu Liquide). Normalement, c'est votre déclaration en mairie qui alimente cette base de données nationale.
Ce système permet aux autorités de cartographier tous les points de prélèvement en France. En cas de pollution accidentelle d'une nappe, cela permet d'alerter immédiatement tous les propriétaires de puits aux alentours. C'est une question de sécurité publique. Si vous faites appel à un foreur professionnel, celui-ci s'occupe souvent de ces démarches, mais en tant que maître d'ouvrage, c'est vous qui restez responsable de la légalité de l'installation. N'hésitez pas à consulter le site officiel du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) pour comprendre comment sont répertoriés les forages en France.
Les contraintes de distance et de voisinage
On ne creuse pas où l'on veut, même chez soi. Le code civil et les règlements sanitaires départementaux imposent des distances de sécurité pour éviter les contaminations. En règle générale, votre puits doit se situer à plus de 35 mètres de toute source de pollution potentielle : fosses septiques, champs d'épandage, tas de fumier ou canalisations d'eaux usées.
Il y a aussi la question du voisinage. Si vous creusez à la limite de votre terrain, vous pourriez théoriquement "pomper" l'eau de la nappe qui alimente aussi le puits du voisin. Bien que la nappe ne soit pas une propriété privée, le bon sens et la courtoisie imposent d'en discuter. Certains règlements de copropriété ou lotissements peuvent aussi interdire purement et simplement les forages pour préserver la stabilité des sols. Vérifiez toujours votre Plan Local d'Urbanisme (PLU) avant de louer une foreuse.
Le raccordement à la maison et le compteur d'eau
Si vous décidez d'utiliser l'eau de votre puits pour alimenter vos WC ou votre machine à laver, les choses se corsent un peu. C'est tout à fait autorisé, mais à une condition : il ne doit y avoir aucune communication physique possible entre le réseau d'eau de pluie/puits et le réseau d'eau potable de la ville. Un simple robinet d'arrêt ne suffit pas, il faut une séparation physique complète (surpresseur dédié) ou un disconnecteur homologué.
De plus, si vous rejetez l'eau du puits dans le réseau d'assainissement collectif (les égouts), vous devrez théoriquement payer la redevance d'assainissement sur ces volumes. C'est logique : vous utilisez le service de traitement des eaux usées de la commune sans avoir payé l'eau au départ. La mairie peut donc exiger la pose d'un compteur sur votre puits pour facturer cette taxe. C'est un point souvent ignoré, mais qui peut coûter cher en cas de contrôle.
La déclaration de fin de travaux
Une fois que l'eau jaillit et que votre installation est terminée, vous n'en avez pas tout à fait fini avec la paperasse. Vous avez un délai d'un mois après l'achèvement des travaux pour envoyer un formulaire de fin de travaux à la mairie. Ce document confirme que l'ouvrage a bien été réalisé conformément à votre déclaration initiale.
Il est aussi recommandé, bien que non obligatoire pour l'arrosage simple, de faire analyser votre eau. Même si elle semble claire, elle peut contenir des nitrates, des bactéries ou des métaux lourds. Des laboratoires spécialisés ou des sites comme l'Agence Régionale de Santé (ARS) peuvent vous orienter vers des kits d'analyse. C'est une précaution élémentaire avant de doucher vos enfants avec l'eau du jardin ou même d'arroser vos salades que vous allez consommer crues.
Les risques en cas d'absence de déclaration
Certains seraient tentés de faire les travaux en douce, à l'abri des regards derrière une haute haie. Je vous le déconseille formellement. Un puits non déclaré est considéré comme un ouvrage illégal. En cas de contrôle, les amendes peuvent être très lourdes (jusqu'à plusieurs milliers d'euros) et on peut vous obliger à reboucher le puits à vos frais, avec un scellement étanche spécifique pour ne pas polluer la nappe.
De plus, si vous vendez votre maison, le notaire vous demandera les justificatifs de déclaration du puits. Une installation non conforme peut faire capoter une vente ou entraîner une baisse de prix substantielle. Le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle, surtout quand on sait que la déclaration en mairie est gratuite et relativement simple à remplir.
Le mot de Misterbricolo pour votre projet
Creuser un puits est une aventure passionnante qui donne une autre dimension à votre jardin. C'est un retour aux sources, au sens propre comme au figuré. Mais comme tout beau projet de bricolage ou d'aménagement, il mérite d'être fait dans les règles de l'art. En respectant ces formalités, vous protégez non seulement votre investissement, mais aussi la ressource en eau pour les générations futures.
N'oubliez pas que l'eau est un bien commun. Avoir un puits, c'est une chance, mais c'est aussi une responsabilité. Utilisez cette eau avec discernement, privilégiez l'arrosage tard le soir pour éviter l'évaporation, et entretenez régulièrement votre pompe pour éviter les fuites. Un bon bricoleur, c'est celui qui sait allier la technique au respect des règles. Alors, renseignez-vous bien, remplissez votre Cerfa, et je vous souhaite de trouver une eau pure et abondante pour faire prospérer votre petit coin de paradis.









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